Dans l’agenda GATHER : on continue notre rétrospective estivale après l’interview de Luna Mahoux, c’est Romain qui se repenche sur Meechy Drako et sa croisade solitaire.
Au programme de ce DELIVERY : Une semaine de décalage et nos rédacteur·ices déversent un torrent de recommandations, comme si leur consommation culturelle personnelle n’avait aucun intérêt si elle n’était pas étalée aux yeux de tous… quelle tristesse. Quoiqu’il en soit vous voilà donc blindé·es pour la dernière ligne droite des vacances : musique, film et podcast, visiblement même cet été ils n’ont toujours pas préféré aller toucher de l’herbe.
James Ellis Ford - Lost In Another World
Vous ne connaissez peut-être pas ce nom mais vous avez forcément déjà entendu sa patte. Producteur des Arctic Monkeys, Fontaines D.C ou encore Depeche Mode, c’est aussi la moitié de Simian Mobile Disco. L’année passée il est diagnostiqué d’une leucémie aiguë myéloïde, un cancer des globules blancs assez agressif. A l’hôpital sa femme lui fournit synthés et micro bon marché et il se lance dans la composition. Le temps est différent quand la vie est suspendue et que le monde se résume à 4 murs (“Imagine what this ceiling’s seen,” sur Homesick for Another World) et des machines (“the blood machine beeps, it’s an ugly sound” sur This Too Shall Pass). Il compose 12 titres en 20 jours, passant de l’ennui à la douleur, de la peur au réconfort,l’incrédulité et enfin l’espoir. Here Today tente de rassurer son fils, ‘Till Our Days Are Gone sa femme, Did You Ever Want To Go To Your Own Funeral traduit la gratitude d’avoir eu autant de soutien exprimés, au point que ces funérailles ont l’air d’être une perspective de passer du temps avec beaucoup de gens cools. Il n’y a pas d’apitoiement, The Ever After malgré son titre est une piste acid dont on peine à comprendre comment elle a pu émerger dans un tel moment mais qui démontre toute la beauté de cet album. Sans filtre, James Ellis Ford nous livre les bas les plus bas, les hauts les plus hauts, la réalité d’un parcours de soins. En clôture de l’album il pose la question qui hante chacune de ces situations, un déchirant “Did I do something bad? Make the universe mad?”, laissant éclater un bref moment toute la douleur et la vulnérabilité qui façonnent cette période. Lucille
HJeune Crack : que Dieu bénisse les rappeurs-beatmakers.
Fort de son 2ème Mouvement dont on vous parlait déjà dans un Delivery de début d’année, HJeune Crack a depuis fait deux apparitions ayant pour point commun sa participation à la création des instrumentales. D’un côté, « Anesthésie générale » sortie sur l’EP GRAND LUXXXE Vol.1 de Zek en mai est réalisée en coproduction avec le natif du 91. En résulte un écrin sur-mesure où la nappe de piano enrichie à l’uranium accueille tout en douceur les trois couplets du track au chausse-pied. De l’autre, « La bombe » issu du projet HALO de Gen. Façonnée aux côtés de Jorrdan (avec qui il collabore depuis Matière Première) ainsi que Medbanger et San Juliet (Gen, Theodora…), la boucle minimaliste rebondit à merveille face au passe-passe des deux rappeurs, simple sans être simpliste, jusqu’à en faire oublier les dérives lyricales parfois simplettes de Gen. « Avec mes humains aux pouces opposables j’ai d’la Cristalline, j’suis pas dans l’eau potable » dit-il avec tant d’assurance. Qu’a t’il bien pu vouloir exprimer par là ? À vrai dire peu importe, relancez juste la prod. Paul
$ouley - Dead or Alive
Ça fait maintenant quelques temps que l’été rime avec $ouley. Avec sa série de mixtapes 4 DA SUMMER! débutée en 2022, le rappeur originaire de Bordeaux s’est approprié la saison estivale pour notre plus grand plaisir. Sur cet EP de 3 titres, il continue son exploration mélodique et aérienne en exploitant des sonorités brumeuses et célestes. Comme toujours, ses textes sont empreints de nostalgie et d’introspection, mais toujours de manière subtile et légère. En ponctuant ses couplets de leçons de vie, il vient ajouter du relief et de la profondeur à ses confessions envoûtantes. Il nous donne l’impression de flotter sur chaque composition qu’il aborde, comme un spectre qui les frôle du bout des lèvres. On apprécie également tout particulièrement les samples vocaux de Mister You et Alpha 5.20, qui viennent embellir la palette sonore du projet. Encore une fois, $ouley nous prouve qu’il est très loin d’avoir dit son dernier mot. Louis
Vous vous êtes déjà demandé à quoi pourrait ressembler un mélange entre Earl Sweatshirt et Veeze ? Tout porte à croire que cela ressemblerait pas mal au rap de Cletus Strap. Comme eux, il est nonchalant, le flow anesthésié par la weed, mais délivre des couplets codés selon sa propre logique : des associations d’images alambiquées, du shit-talk absurde et des morceaux de vie sensibles éparpillés par-ci par-là, dans un flot constant qui ne pourrait sortir que d’un cerveau normalement oxygéné. Son nouveau projet, rappers suck. - signé justement sur le label Tan Cressida de Earl - s’ouvre sur une métaphore mobilière qui n’est pas sans rappeler le « You look like a chair when you folding up » de son mentor : Cletus Strap est, lui, un comptoir tant les gens l’utilisent sans faire attention à lui. Plus loin, il s’émerveille de la taille d’un fessier si gros qu’il n’a même pas besoin de jean, demande à son ex de prendre une part de responsabilité dans leur séparation, et célèbre ses origines californiennes, là où il y a des « bitches at the beach ». Si ce genre de rap peut facilement devenir assommant, Cletus Strap est d’une part un rappeur qui sait diversifier son débit léthargique en petites variations rythmiques qui évitent les lourdeurs récurrentes de ce genre de rap. Et d’autre part, Mad Max 4800 et Cam the Chef, avec les aides ponctuelles de Laron, Omari Lyseight et randomblackdude, offrent un habillage sonore vaporeux et dansant au flot de pensée de Cletus Strap, mêlant rythmiques low-end, samples drill, pluggnb et Detroit trap à des mélodies lumineuses et douces. C’est un projet dans lequel il fait bon se perdre, bon de bouger la tête au rythme des percussions étouffées et de craquer un sourire lorsqu’on découvre une ligne que l’on n’avait pas encore saisie. Romain
Surprise - Une pieuvre dans un seau
Rattrapage d’été pour ce projet sorti au printemps. Sur Une pieuvre dans un seau, Surprise rappe ses déboires de jeune adulte, l’esprit encore embué de nostalgie adolescente. « Ma mère écoute même plus mes sons, elle trouve que je fais que m’lamenter / C’est la mentale. ». Voilà comment l’artiste auto-résume sa musique sur le huitième track du projet qu’elle a nommé d’après un épisode personnel visiblement traumatique puisqu’évoqué à deux reprises dans cet album : le décès brutal de ses hamsters. RIP. Paul
D’Leesa - Digital Girl
Avant qu’Eddy en fasse un post de son compte insta de niche et prenne tout mon clout… Je ne saurais choisir un morceau ou un clip à vous conseiller en particulier : tout est bien, c’est une vraie diva. Je ne vais pas non plus vous donner les arguments de l’authenticité, ça fait du bien de voir une pop artist pas superficielle etc : les petites vidéos DIY me parlent car elles sont mon niveau de maîtrise du design graphique + la musique est sans faute. Originaire d’Atlanta, la voix soul/r&b au service d’une pop qui s’amuse à aller aguicher la house parfois, la recette est bien connue mais accessible à une seule et restreinte élite. De l’écriture à la production, tout se passe dans la chambre de D’Leesa sur GarageBand. Un monde qu’elle peaufine en essayant de créer ce qu’elle aurait aimé écouter ; une femme qui chante “girl” de facon romantique par exemble ou un discours un peu honnête sur la désillusion des dating apps. Next big thing comme dit le boss. Lucille
The Invite, Olivia Wilde, 2026
Complètement bousillé par mes visionnages répétés de Supergrave, je ne peux résister à la tentation de cliquer lorsqu’un nouvel élément vidéographique de ou avec Seth Rogen passe sous mes yeux. Dans The Invite, remake du film espagnol Sentimental, le canadien rentre du travail exténué quand il apprend que sa femme a invité le couple de voisins qu’ils entendent copuler bruyamment chaque soir à diner pour la soirée. S’en suit un huit clos à l’écriture ciselée laissant la part belle aux improvisations de ce quatuor éclectique. Que dire de plus ? Il y a Penelope Cruz et quelques répliques qui désamorcent le fait que dans la vraie vie une meuf comme Olivia Wild n’aurait rien à foutre avec un type comme Seth Rogen (pour cause de trop grande différence de beauté physique, le cinéma américain doit d’ailleurs impérativement arrêter de nous mentir à ce sujet mais je m’égare). Voilà une comédie qui se regarde toute seule si, comme moi, vous aimez les films pièces de théâtre à la Jaoui-Bacri. Allez, promis, ça ne parle pas que de partouzes. Paul
Future - “Trench Coat”
Je suis sûr que Future s’en veut d’avoir invité Kendrick sur “Like That”. 2024 était censé être son année, un double album entièrement produit par Metro Boomin avec une guestlist digne des Avengers pour célébrer presque 15 ans de carrière au sommet du rap américain. Résultat, il s’est fait totalement éclipser par un clash dont il a lui-même allumé l’étincelle. Pour moi, ce n’est pas un hasard si on ne retrouve aucun featuring ni sur Mixtape Pluto, ni sur The Real Me : il ne compte pas se faire voler le premier rôle à nouveau et compte bien dominer les charts sans l’aide de personne. Bon, malheureusement, entre une apparition à la saveur un peu pitoyable sur le Iceman de Drake et ce dernier album dont tout le monde a déjà oublié la sortie, le pari est pour l’instant raté. Personnellement, j’y ai surtout retenu ce “morceau” — si on ne peut pas plutôt appeler ça une chute de studio — où il renoue avec sa meilleure rencontre artistique de la décennie, ATL Jacob. S’il peut lui faire des hits, Jacob sait surtout retrouver chez Future une certaine frénésie au micro, comme sur “Holy Ghost”, l’un des derniers grands morceaux de Hendrixx. “Trench Coat” s’inscrit dans cette même atmosphère apocalyptique, où Future peut faire ressortir tout son côté diabolique. Mais j’aime surtout la manière dont il se réapproprie les flows caverneux qu’on entend partout dans le rap américain ces derniers temps, de Playboi Carti à Rylo Rodriguez, en rappelant qu’ils étaient d’abord les siens. Difficile d’y voir une offense : le succès de ceux qui lui piquent ses flows est peut-être justement la meilleure preuve de son impact. Romain
Dans la place - Podcast de Nora Hamadi
Je viens d’une station balnéaire, je connais cet usage de la ville, son périurbain morose hors saison avec ces zones commerciales interminables, ses pavillons, son artificialisation des sols à n’en plus finir. Avec son émission précédente, Douce France, Nora Hamadi nous emmenait dans ces territoires “périphériques”, la France qui ne fait pas partie des discours médiatiques quotidiens, celle qui n’abrite aucun lieu de pouvoir. Avec Dans la place, elle nous emmène non plus dans des zones géographiques mais dans des lieux/commodités spécifiques. Canipark, nail salon, barber ou encore City Stade, elle plante son micro au milieu de ces artefacts qui définissent la ville d’aujourd’hui et nos usages. Celui sur les parcs pour enfants est particulièrement édifiant. On y apprend que des fonds d’investissement du Koweït ou de Sterin sont derrière ce business de l’amusement rendu possible par des villes devenues hostiles à l’errance ou encore le concept d’enfant d’intérieur. Le constat est quand même assez terrifiant : la raréfaction des espaces non marchands comme lieux de vie extérieur, un libéralisme qui a détruit tous les espaces de rencontre et discussion possible à des usages uniques (et réussi à faire en sorte que vous alliez voir votre médecin traitant à l’intérieur d’un centre commercial). Super podcast, donnez Radio France à Nora Hamadi et Julie Gacon. #ErnerOUT Lucille
Jeune LC - Paris en été
Je scrollais sur insta comme une merde en rentrant du taff et voilà qu’un snippet vidéo du dernier track de LC est apparu dans mon feed. Une phase résonne particulièrement. « J’suis dans Paris tout l’été avec les clochards et les fous ». Comment ne pas s’identifier ? Dans quelle catégorie me placerait-il ? Tant de questions, si peu de réponses, tant pis, j’ai tout le mois d’Août pour réfléchir. Paul
Les sorties marquantes de ces dernières semaines :
Ravyn Lenae - Blue Island
Dinner Party - Whatchu Bringing?
Nino Paid - Somewhere Over The Rainbow
Cletus Strap - rappers suck.
Starlito - IT’S STRICT OVER HERE
L’Rain - Fata Morgana
Phoebe Bridgers - Lost Weekend
Rochelle Jordan - Disc 1
Pablo’s Eyes - Everything you give away
DC - All Things Can Be True
Sk8star - The Beautiful Rebellion
Open Mike Eagle & Kenny Segal - DOOMED!










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