Gather Delivery #17
Toutes les deux semaines, une sélection de ce que nous avons retenu dans la culture et une liste presque exhaustive des sorties hebdomadaires.
Au programme de ce DELIVERY : Du rap beaucoup de rap, qu’il vienne de Namur d’Atlanta, de Bruxelles, Saint Vincent de Reins, Paris ou Baton Rouge, vraiment on adore le rap cette semaine. Des livres aussi, de ceux qui font voyager dans des époques et des aspects de la Méditerranée et puis c’est Cannes donc Romain vous parle de l’ultime TikTok movie.
Trigga500k - The Dirty Dealer
Pris dans la vague de rappeurs qui a porté le boom de la scène floridienne de ces dernières années, Trigga500k avait sorti “Ether” en 2023, un de mes morceaux préférés de l’année. Depuis, j’ai pas trop calculé ce qu’il a sorti et ce qui arrivait à mes oreilles me paraissait tout à fait quelconque. Dans sa dernière mixtape, The Dirty Dealer, il touche une corde sensible chez moi en enfilant le costume du trappeur originel, posant sur des prods sur lesquelles Jeezy et Bankroll Fresh auraient fait un carnage, fut un temps. Loin de simplement jouer le mec d’Atlanta, son flow et son argot permettent de bien destiner sa trap music aux strip clubs de l’État ensoleillé. L’un des meilleurs morceaux, “in dat mode.”, est aussi fidèle à l’identité sonore qui caractérise la Floride de cette décennie. La mélancolie de “gotta take a risk.” me renvoie à ce qui m’avait séduit chez lui dans “Ether” il y a trois ans. Je ne jette rien des 21 minutes au cours desquelles le spleen sudiste vient compléter une motivation music crasseuse, et je repars avec mon projet préféré de l’année en rap américain. Baptiste
helllhound - Here In The Valley
Je pense que la meilleure description de ce projet est affichée sur leur page bandcamp dans la section commentaire : “Grouper meets Jessica Pratt. A beautiful gift to us all”. Un premier album entre folk, ambient et etheral que le duo et couple a composé pendant plusieurs transitions majeures (parentalité, quitter Los Angeles pour la nature). Le résultat se démarque par une délicatesse singulière, alternant entre morceaux instrumentaux et d’autres à peine habités par des murmures venus d’ailleurs. 9 pistes courtes, qui ne s’écoutent pas expérimenter indéfiniment et savent parfaitement qu’elles ont tout ce qu’il faut pour ne pas avoir besoin d’en faire des tonnes. Lucille
Charly Kid - lilbpack1 feat. Rosaliedu38
Le rappeur originaire de Namur est sur un run exceptionnel depuis maintenant cinq ans. Après deux projets et une flopée de singles plus tard, le belge a su définir son style unique, entre références pointues et compositions aux samples millimétrés. Sur ce morceau nommé en hommage au BasedGod, il aiguise sa diction désabusée et monotone, étalant son spleen débordant de charisme sur des accords de piano aérés. Fidèle à lui-même, le morceau est ponctué par des rimes qui nous rappellent que c’est bien lui qui s’habille le mieux, cette fois-ci en portant “un jean Helmut Lang de 98 avec des tâches de sang”. Une élégance qui transparaît à tous les niveaux, donnant au track un écrin sophistiqué, aux tons crépusculaires. Encore une fois, Charly Kid prouve qu’il fait tout mieux que tout le monde, avec une facilité déconcertante. Louis
RenzNiro, prettyboyface - ACW
Le passage live très réussi de RenzNiro à La Station il y a quelques semaines m’a invité à me plonger dans ses dernières sorties. Produit par lui-même et Wudini, le dernier single en date du rappeur montre une nouvelle fois que les anglais savent y faire quand il s’agit de mélanger rap et productions électroniques pour créer le son du futur. Paul
Realbleeda - Slumped Ova
Je suis suffisamment fan de la musique de NBA Youngboy pour apprécier toute la scène qu’il a enfantée. Il y a des voix et des mélodies qui ne semblent pouvoir prendre forme ailleurs qu’à Baton Rouge. S’ils sont peu de rappeurs à me fidéliser au fil des mixtapes, Realbleeda fait exception. Les allers-retours en prison ne facilitent pas la perspective d’une carrière consistante et ses projets sont souvent très inégaux — un constat qu’on peut appliquer à beaucoup de rappeurs qui ont ce niveau de productivité. Ceci étant dit, il y a systématiquement deux ou trois morceaux par mixtape dans lesquels il met tout simplement du crack et la dernière en date, Innocent, ne fait pas exception. Parmi eux, je souligne la qualité de “Other Way” et “Bloody Memories”, mais c’est sur “Slumped Ova” que je m’explose les tympans quand j’enfile mon casque en sortant du taf. Baptiste
urde - bruno mars
J’écoute pas Bruno Mars mais si Bruno Mars faisait du urde j’aurais saigné sa discographie. Enfin un album entier pour voir arriver l’été avec urde. Lucille
Leo SVR, GrandBazaar - Maison & Labrador
GrandBazaar semble se faire un plaisir de sortir EP collaboratif sur EP collaboratif ces dernières années. Sorti fin Mars, celui avec Leo SVR n’est pas dépourvu de pépites et “Maison & Labrador” en fait partie. Notes de piano filtrées sur une rythmique bien ronde, le rappeur terroir témoigne de l’expérience universelle de tout provincial sans CDI qui se respecte : observer impuissant ses contemporains investir dans le foncier et pondre gosse sur gosse à l’approche de la trentaine. Comment ne pas s’identifier ? Paul
Escape from the 21st Century
J’avais retenu l’affiche quand un ami avait mis 5 étoiles à un film de science-fiction chinois dont je n’avais jamais entendu parler. Puis, au détour d’un balayage hebdomadaire des plateformes, je suis retombé dessus en me disant que c’était parfait pour un samedi soir sans prise de tête. Il était déjà trop tard quand j’ai compris que j’étais en face de l’ultime TikTok movie. L’histoire est simple : sur une planète identique à la Terre à quelques détails près (le respect des lois de la physique et les limites de l’imagination surtout), trois adolescents obtiennent le pouvoir de voyager vingt ans dans le futur. Ils découvrent alors que chacun d’eux a sérieusement dévié de son projet de vie initial. À partir de là, ils décident de combattre leur destin, de se combattre entre eux, et de s’opposer à des multinationales diaboliques qui veulent détruire le monde, le tout à coups de poings et de torsions des règles du voyage temporel. Si, sur le papier, ça paraît déjà éreintant, à l’écran c’est une sorte de Everything Everywhere All at Once sous stéroïdes : un assaut permanent de gags, de changements de temporalité, d’instants d’émotion et d’idées de mise en scène toujours plus folles. Aucun instant de répit pendant 1h30, mais juste assez de dopamine pour affronter une nouvelle semaine. Romain
Mendiants & Orgueilleux - Albert Cossery
J’appréhendais la relecture de ce que je considérais comme étant l’un de mes livres préférés, craignant de ne pas lui trouver le même génie que la première fois. Résultat des courses : j’ai encore plus aimé et j’ai retrouvé la même sensation de légèreté en arrivant à la fin du récit. Comme dans tous les romans d’Albert Cossery, le récit se déroule en Égypte et dresse un véritable éloge de la paresse. Il n’y a pas une once d’aigreur dans le mépris des nantis, des conformistes et des ambitieux, seulement un humour parfaitement aiguisé qui rend la lecture aussi drôle et plaisante que l’écriture a semblé l’être pour son auteur. Pour nous aider à traverser cette « époque de fils de chien » — titre d’un de ses romans inachevés dont un extrait figure à la fin du livre —, Cossery jongle entre ironie et dérision pour traiter les tragédies qui rythment le quotidien de ses personnages. “Et la bombe ! Est-ce que tu peux arrêter la bombe, Excellence ?”. Baptiste
urde - cuirassé
Impossible de passer à côté de cette production fantastique évoquant les grandes heures de DJ Mehdi et Karlito. Un vrai travail d’orfèvre, de la marqueterie pour pavillon externe : voici le haut du panier de l’artisanat français. Paul
L’art de la joie – Goliarda Sapienza
L’été dernier mon cher ami et collègue Baptiste m’a mis entre les mains l’Amie Prodigieuse d’Elena Ferrante et non seulement il m’a fait passer un super été mais a surtout redéclenché mon envie de lecture. Pour autant, aucun livre n’avait jusque-là réussi à me procurer le même plaisir, la même fascination et émulation. J’ai dit au libraire « J’aime Dostoievski, Kafka, Thomas Mann et j’ai beaucoup aimé l’Amie Prodigieuse » et il m’a tendu sans beaucoup d’hésitation cet ouvrage. 800 pages pour retracer la vie de Modesta, née le 1er Janvier 1900 et avec elle une bonne partie du 20ème siècle en Italie. De l’Eglise au fascisme à la grande guerre, de Gramsci au militantisme en passant par la déchéance de la bourgeoisie et des idéaux intellectuels émancipateurs quant vient la reconstruction, ce roman raconte l’histoire d’une féministe à l’époque où le mot n’existe même pas. Une fresque historique dans laquelle l’héroïne ne renie ni son vice ni son égoïsme parfois, gardiens de sa capacité à se libérer. C’est un livre extraordinaire pour un destin qui l’est tout autant. Lucille
Sheldon - Les Rois.
Le membre fondateur de la 75ème session vient de sortir son dernier album fin Avril. Récemment devenu père, les thèmes de l’héritage et de la transmission viennent imprégner les 14 titres du projet. Sur “Les Rois”, Sheldon mélange sans complexe des partitions chantées avec des couplets rappés, poussant un peu plus loin l’esthétique développée depuis Spectre. Paul
Les sorties marquantes de ces dernières semaines :
Genesis Owusu - Redstar Wu & The Worldwide Scourge
Action Bronson - Planet Frog
Ana Roxanne - Poem 1
Wesenyeleh Mebreku (ወሰንየለህ መብረቁ) - Resonnance of time (የጊዜ ቃና)
Aldous Harding - Train on the island
Thaiboy Digital & swedm® - Paradise
Ibrahim Alfa Jnr. - Infinite Black Inside








Ah, ça fait plaiz' de lire du français ici, avec des recommandations musicales en plus =D