Gather Delivery #15
Toutes les deux semaines, une sélection de ce que nous avons retenu dans la culture et une liste presque exhaustive des sorties hebdomadaires.
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Dans l’agenda Gather : Willie Colón n’est plus. Doit-on séparer le tromboniste du trumpiste ? Hommage personnel et critique à Willie Colón, l’enfant du Bronx, pilier du boom salsa des années 70.
Au programme de ce DELIVERY : Une grosse sélection rap américain, du retour d’Isaiah Rashad au dernier projet de Bossman Dlow, en passant par la tape collective portée par BigXthaPlug ! Un petit détour également par l’Argentine où la rappeuse Saramalacara distille son rage rap à qui veut bien l’entendre ainsi qu’une compilation bédé qui vient brouiller les limites entre grands sujets de société et journalisme musical !
Isaiah Rashad - SAME SHIT
Cinq ans après The House Is Burning, Isaiah Rashad vient de balancer le premier single de ce qui semble bel et bien être son troisième album studio. Le mouton noir de la bergerie TDE a habitué son audience à faire preuve de patience entre ses apparitions, assumant pleinement les ralentissements artistiques liés à ses addictions et son parcours de vie cabossé. “SAME SHIT” s’inscrit dans l’esthétique cloud trap que façonne son auteur depuis maintenant plus de 10 ans, évoquant les inévitables cycles et répétitions qu’il traverse, moitié fuites en avant, moitié obsessions anxieuses. Il faudra attendre le 1er Mai prochain pour découvrir les 15 autres titres qui composeront le projet intitulé sobrement IT’S BEEN AWFUL, qui paraît à première vue faire référence à la période compliquée qu’a traversé le rappeur en 2022. En attendant les deux petites semaines qui nous séparent de la sortie de cette mise à jour musicale de cinq ans, on vous invite à vous replonger dans le super portrait dressé par The Fader dans un comic shop californien, où Isaiah Rashad achetait d’ailleurs son premier numéro de la très bonne série Department of Truth. - Paul
Bossman Dlow - Chicken Talkin Bastard
Si on me demande à quoi ressemble un bon hit de rap américain en ce moment, il y a de bonnes chances que j’envoie un titre de Bossman Dlow. Si les morceaux sont courts, c’est que ça l’emmerde quand un hit dure plus de 2 minutes en club. Par la force des choses, le format se prête à la recette de la viralité tiktokienne, mais là n’est pas l’essence de sa musique, à savoir du rap à retourner les strip clubs. Après deux bêtes de mixtapes en 2024, il pouvait prétendre au titre de rookie de l’année. La suite logique pour un rappeur floridien de notre époque aurait été d’apparaître parmi la liste des soutiens à Donald Trump, chemin que le rappeur de Port Salerno a semble-t-il refusé d’emprunter. Un rempart progressiste dans une des scènes les plus prisées du mouvement MAGA ? N’abusons pas : en 2025, il a revendiqué être le premier rappeur à pêcher un requin, titre que j’ai du mal à placer sur l’échelle du flex en Floride. Bref, il continue de faire de la musique et il est revenu avec sa nouvelle mixtape Chicken Talkin Bastard. Le titre défonce, la cover aussi. Passé outre les quelques featurings foireux, j’ai obtenu ce que j’étais venu chercher : des prods qui tabassent au service d’un flow cartoonesque et singulier qui m’a rendu addict : “Chicken Talkin”, “How I’m livin”, “Motion Party”, “Let’s Go Get Em”, “Act Like Money”… on peut affirmer sans grande conteste qu’il est la machine à hits la mieux rodée du Sud. En pleine pénurie de rappeurs drôles, il est l’un des plus dignes héritiers des artisans de la trap burlesque des années 2000 et 2010 qui cultivaient un second degré qui se perd. La présence de OJ Da Juiceman fait par ailleurs tout à fait sens tant la filiation est logique, celle de G Herbo est un poil plus surprenante mais pour le moins fructueuse. - Baptiste
Saramalacara - MATADEROS
Ayant fait allemand LV2 toute ma scolarité, je n’ai qu’une compréhension limitée aux mots transparents de ce que rappe l’argentine Saramalacara. Mais j’ai l’intuition que c’est pas si important que ça, d’autant plus que derrière les prods de son dernier album, Mataderos, se trouve des noms bien connus des auditeurs de rap americain. Saramalacara s’est entourée des architectes sonores du rap post-Whole Lotta Red et d’Opium (F1LTHY, Lucian, Lukrative, Ojivolta), de Dylan Brady (moitié de 100 gecs) et d’affiliés du Surf Gang pour blockbusteriser sa musique rage-pop-rap. Les basses et mélodies saturées de « TENEMOS PIEL » rappelle MUSIC, et la rappeuse joue de la même manière avec sa voix pour la rendre plus caverneuse par moment. « EN LA OCULTA » évoque plutôt la rage frénétique de Nettspend, tandis que « SENAL DE DIOS », bien que produit par F1LTHY, fait ressortir les velléités plus mélodique de la rappeuse. Quelques sons assument plus ce côté hyperpop/digicore, comme « MILLIES PER DAY », « NO TENGO CLASE » et surtout « IK U GONNA DO THIS », produit par Dylan Brady. Mais le morceau qui me hante le plus est « CREO QUE NOS PEDEMOS IR », dont la production sonne presque comme une version maximaliste de « Codeine Crazy », Saramalacara l’abordant avec la même agressivité teintée de mélancolie (enfin, c’est ce que j’en déduis). Les chansons ont le mérite d’être courtes et efficaces, 17 titres en un peu plus de 30 minutes, qualité rare pour des projets du genre qui souvent perdent leur intensité en tirant trop en longueur. - Romain
Joe Sacco s’est fait un nom dans le milieu de la bande-dessinée américaine grâce à ses reportages terrain engagés, témoignant de la réalité de conflits complexes et mal documentés Outre-Atlantique, notamment sur la colonisation israélienne en Palestine et la guerre de Serbie. Son travail documentaire dense lui a conféré une réputation de reporter sérieux, adepte des thèmes difficiles. Loin de son image studieuse, But I Like It est une compilation des travaux que le bédéiste a réalisé autour de sa passion profonde pour le Rock et le Punk dans les années 80-90. Illustrateur d’affiches pour soirées berlinoises et albums de grunge, Joe Sacco a en réalité pu terminer son œuvre Palestine grâce à de petites missions éparses pour des groupes et médias musicaux. Si les différents travaux compilés dans le livre (reportages de tournées, strips humoristiques, illustrations…) peuvent paraître inégaux à la lecture, But I Like It a le mérite de briser le cliché de l’auteur mature s’attaquant à des thèmes profonds en montrant cette fois-ci une face légère, hédoniste voir carrément… puérile. Bref, rien d’incompatible. - Paul
BigXthaPlug & 600.Ent - 6WA
Je me suis réjoui de l’épopée country de BigXthaPlug, non pas que j’aie apprécié la musique produite (je n’ai pas écouté un seul morceau), mais je me doutais simplement qu’elle impliquerait dans la foulée un retour rap brut de décoffrage qui a fait son succès afin d’équilibrer la balance. Comme d’autres avant lui, après avoir goûté au succès à grande échelle et aux macarons des soirées mondaines, il a fait appel à son compère de toujours, Ro$ama, aux rookies et aux seconds couteaux de son label (MurdaGang PB, KaineMusic, KevinGotBandz, Yung Hood), pour faire le plein de bonnes énergies et construire son supergroupe - dont l’EP Meet the Sixers sorti en 2024 était l’ébauche. Dans 6WA (6ixers With Attitude), les membres du label 600 Entertainment puisent dans les classiques du gangsta rap californien, samplés et texanisés, pour constituer le squelette de la mixtape. Autrement, la spontanéité prime : on multiplie les passes-passes, pas de recherches de tubes, juste des mecs et une meuf qui semblent vraiment s’amuser quand ils rappent ensemble. Au contact de ses ami.es texan.es, BigX retrouve le feu sacré. De son côté, Ro$ama devient plus qu’un simple héritier de Sauce Walka et s’affirme comme un des rappeurs les plus intéressants dans la scène sudiste. En guise de conclusion, KaineMusic s’invite en belle petite découverte sur “WHO DUNNIT” et je recommande par ailleurs “600 Degrees Freestyle” que j’écoute en boucle depuis deux semaines. - Baptiste
Boldy James, Info56 - Cold in the D
Même si cela fait bien longtemps que j’ai lâché le suivi de ses dernières sorties, de temps en temps, Boldy James réussi à me récupérer. C’est le cas pour “Cold in the D”, où les plus perspicaces reconnaîtront le sample brûlé par Booba et Ali, il y a 20 ans de ça. Pourquoi sortir un morceau pareil au printemps plutôt qu’en hiver ? “Cold in the D” vient épaissir une fois de plus le mystère de la drop strategy de Boldy James. - Paul
Les sorties marquantes des deux dernières semaines :
Rico Ace - BLACKJACK
Wesley Joseph - Forever Ends Someday
aloisius - vernacular [Experimental/Post-Rock UK]
Hoavi - Architectonics [Électronique RUS]
Sexyy Red - Yo Favorite Trappa Favorite Rappa
Mike Shabb - Hood Olympics II
Squadda B - Evolver


